A mi-chemin entre Dijon et Dole, Saint-Jean-de-Losne n'a pas comme seul titre de gloire d'être une des plus petites communes de France!... Son patrimoine évoque un passé glorieux et prospère. Des manifestations notamment culturelles s'y déroulent, qui méritent d'être découvertes. Il ne suffit pas d'y passer en bateau ou en vélo, il faut s'y arrêter...

Affichage des articles dont le libellé est Monument aux morts. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Monument aux morts. Afficher tous les articles

jeudi 8 novembre 2018

Le 11 novembre 1918 à Saint-Usage


Cent ans après, voici quelques lettres envoyées de Saint-Usage par la famille au soldat, autour du 11 novembre 1918.
La victoire tellement attendue est dignement célébrée et les prisonniers allemands seront punis pour avoir fêté eux aussi la fin des hostilités. Tout est dit sans haine, avec l’espoir d’un meilleur lendemain maintenant que « ce maudit Guillaume » est détrôné.
La grippe espagnole fait des ravages. Même si elle est loin d’avoir tué autant que la guerre, c’est le malheur ajouté au malheur… La joie de la victoire est vite tempérée par les préoccupations de la vie quotidienne…
 
St Usage le 6 novembre 18
 
Mon cher enfant,
Je viens un peu tard après une lettre et une carte de toi reçue te donner de nos nouvelles qui sont toujours bonnes pour ta maman et souhaite que tu sois de même.
Louis ne travaille pas encore à la scierie car après sorti du pétrole (1) il faut au moins quinze jours ; ce sont ces messieurs les patrons qui ont fait cela, mais comme  il y a des pommes de terre pas arrachées, nous allons un peu les après-midi pour B**.
Mon Fernand, tu trouves que l’épidémie a fait bien des victimes, mais il y a encore des morts Louis B***  qui était remarié voilà quatre a 5 mois on l’a enterré civilement. Germain A** mort aussi ; maintenant il y a le petit S*** Maurice que tu connais qui se meurt comme son frère ainé que tu as connu ; le pauvre petit n’étaient pas fort…
Je pense que tu as connu Jean T*** de Brazey, il est mort à Calais. Il n’a jamais goûté du front ; tu vois, il n’a pas été privilégié pour cela.
[….]
Comme permissionnaire, il y a Fernand C***, Marcel L*** et j’ai vu le fils P*** celui qui était avec toi pour une perme. Il t’envoie bien le bonjour et il était là pour 24 heures car il avait été envoyé à Dijon pour une manifestation au sujet des victoires passées, mais maintenant, je crois que bientôt, nous aurons la bonne et la fin de tout.
[…]
(1) Les dépôts de Pétrole de Saint-Usage
__________________________________
St Usage le 11 novembre 18
 Mon cher Fernand,

Je viens de recevoir ta lettre datée du 8 ou tu nous annonces ton grade de Brigadier nous en sommes très contents tous trois et en plus de cela que la guerre est finie que cette fois nous n’aurons plus qu’à attendre la rentrée et la santé, pour nous tous nous serons assez riches.
Je pense que tu as reçu ma lettre avec le mandat
Si tu avais vu aujourd’hui 11 après l’annonce de l’armistice les cloches les clairons les tambours tous carillonnait, point d’usine n’ont marché car le personnel n’a rien voulu faire et alors des cuites, ah tu parles ! il y en avait Mon Fernand, jusqu’aux boches qui n’ont pas voulu travailler tu parles ! Mais il parait qu’ils vont être trois jour sans manger pour leur punition, ah ils l’ont sec cette fois et ils y croient tout de même.
Je suis allé voir Charles B*** ce matin car le père Claude est malade et ça ne va pas du tout enfin que veux-tu, lui il est vieux.
Charles ça va mieux mais la Margueritte de Claudis ça ne va pas très bien
J’ai appris que chez B** la mère est très malade et Jeanne idem et que cette petite ne veux pas prendre ses médicament.  Marie va un peu mieux elle se lève elle a été bien secouée aussi. On a enterré cette semaine Marthe J*** femme B****, dans notre quartier toute la famille G*** sont couchés c’est Marie la plus mal elle ne va pas bien du tout et en plus elle vient de mettre un enfant au monde ce qui fait que c’est plus difficile à soigner.
J’ai bien des bonjours de bien des gens à te donner je ne puis te les détailler entre autre Charles Bernier.
Mon cher enfant je souhaite que tu arrose tes galons ce que je ne comprends pas c’est que tu n’as pas osé plus tôt de nous demander ces quelque sous, je pense que tu vas écrire au parrain et à la tante Marthe que tu as des galons aussi je te quitte, nous sommes tous trois en bonne santé nous te souhaitons de même nous nous joignons tous trois pour t’embrasser tendrement ta mère ton frère et la tante
 
Mon cher Fernand,
Comme ta mère a tout occupé le papier, je suis obligée de mettre un petit supplément pour bavarder un peu avec toi ce qui n’est pas souvent car je suis comme toi très paresseuse. Aussi c’est pourquoi je ne trouve pas drôle que tu n’écrives pas. Je pense que maintenant tu dois être heureux de la bonne nouvelle ce jour attendu avec si grande impatience. Enfin on respire de penser que plus de malheureux ne tomberont, de penser que bientôt tu vas nous rentrer car maintenant le temps n’est rien. Prends bien garde, ne fais pas d’imprudence, si toutefois on vous fait déblayer le terrain, aux obus qui ne sont pas partis.
Pour tes galons, nous sommes très heureux, mais notre bonheur est plus grand encore vu comme les événements ont tourné la fin de ce carnage, la fin de cette puissance maudite le détronage de ce guillaume maudit.
Aussi mon cher Fernand, je te joins 5 F. pour fêter ce jour heureux. Je te dirai que je pars demain pour Dijon devant travailler vendredi ma permission étant expirée car je suis comme toi militaire, je ne vois rien d’autre à te dire ta mère t’ayant donné toutes les nouvelles
Je t’embrasse fort,
Ta tante
____________________________________
St Usage le 22 novembre 18
Bien cher enfant,
Je viens aujourd’hui de recevoir ta troisième lettre, alors je m’empresse de venir te donner de nos nouvelles qui sont un peu meilleures que la semaine dernière car nous posions des ventouses tour à tour : nous avons eu chacun un gros rhume, mais ton frère a été plus pris que moi il a eu une forte fièvre mais je me contente, nous n’avons pas eu besoin de docteur.
Avec ces épidémies il y a bien des précautions à prendre. Il y a encore quelques malades. Chez la tante Justine tous ont été malades à peine si la tante se lève et voilà au moins trois semaines qu’elle est couchée. Cela se compte, elle a maigri de moitié. A nous deux la mère Chilot, nous allons aux betteraves tous les tantôts chez eux car ce sont les derniers à finir cette année. Pierre est retombé de cette secousse comme il était : neurasthénique.
Tu nous demandes du nouveau : chez F*** on fait une vente de tout prochainement ; tu vois, quand une femme n’a pas de conduite ou tout cela mène.
Comme permissionnaire il y a Etienne G***qui est bien content que c’est fini. Nous pensons bien que tu viendras avant la fin de l’année. Louis a commencé à travailler à la scierie, je pense que ça va aller, il est un peu reposé et moins maigre.
Tu nous dis que vous allez partir pour l’Alsace ; probablement vous ferez toujours bien attention car j’ai peur que l’on vous tende des pièges : la moitié de ces gens-là ne sont pas francs.
Je dois faire comme toi te quitter mon gros Fernand pour te dire bonsoir, car il est huit heures et nous sommes las tous deux
Nous nous joignons pour t’embrasser de tous nos cœurs
Ta mère et frère
 J’oubliais de te dire que chez B*** voila 1 mois qu’ils sont sans nouvelles de René(2) je t’assure qu’ils sont bien peinés, surtout qu’ils ont eu cette maudite maladie tous les trois. Les petites vont mieux quoique la mère aussi mais pas bien fort, on a bien craint pour elle et cela ne va pas la remettre. Je guette le facteur, tous les jours je lui demande mais rien ; c’est un grand malheur
Bonsoir mon gros, ta mère

 
(2) Il ne reviendra pas…

(Nous remercions M et Mme Petite qui ont communiqué aux archives départementales de la Côte-d’Or l’ensemble de la correspondance dont sont extraites ces quelques lettres).

voir aussi :
Les premiers jours de la mobilisation  à Saint Jean de Losne:
http://saint-jean-de-losnetourisme.blogspot.com/2014/08/les-premiers-jours-de-la-mobilisation.html
monument aux morts de Brazey-en-Plaine
http://saint-jean-de-losnetourisme.blogspot.com/2015/11/les-monuments-aux-morts-du-canton.html
monument aux morts de Trouhans
http://saint-jean-de-losnetourisme.blogspot.com/2015/11/monuments-aux-morts-du-canton-trouhans.html
monument aux morts de Saint Jean de Losne
 
 

mercredi 11 novembre 2015

Monuments aux Morts du canton : Trouhans

Le conseil municipal de Trouhans par délibération du 2 mars 1919 décide « d’élever un monument commémoratif des enfants de la commune morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918 » et vote un crédit de 2000 F, auquels viendront s’ajouter 13127,30 F. recueillis par souscription.
Le comité du monument était ainsi constitué :
« Président : M. Edouard Droin, maire
Trésorier : Chaussier Marcel, conseiller municipal
Secrétaire : Guénot Irénée, instituteur
Membres : les conseillers municipaux, les instituteurs, et MM. Martin Jean-Baptiste, Pauthier Théophile, Mouillon Gabriel, Dejeux Jules, Gavignet Auguste, Mlle de Vesvrotte, Lombard Louis, M. Ernest de Vesvrotte, M.Marchal, M. Naigeon, Defaux Bernard, M. Eaton Marcel, M. Bompy-Deher ».
Le 28 juillet 1921, le monument commandé au sculpteur parisien Ernest Dubois (15 rue Mansart), se compose « d’un socle supportant une pyramide sur la face de laquelle se trouvera « un poilu » statue en haut relief de deux mètres de hauteur, le tout mesurant environ cinq mètres de hauteur, en pierre de Chauvigny.
Ce monument sera exécuté à Paris dans l’atelier de Monsieur Dubois et rendu en gare de Trouhans pour la somme forfaitaire globale de treize mille cent soixante dix francs »
 
Le monument -probablement déjà réalisé par le sculpteur- arrive en gare dans les jours suivants et le 10 août, la municipalité passe un marché de 7056 F. avec Louis Didier, entrepreneur à Saint-Jean-de-Losne pour le transport depuis la gare, le terrassement, la fourniture et la gravure des plaques de marbre, et la pose d’une grille autour du monument.
La réception définitive a lieu le 20 avril 1922. Le coût total de la construction du monument s’élève à 20226 F, couvert par la souscription (13127,30F) et une somme de 7098 F payée par la mairie sur ses fonds disponibles (y compris les 2000 F alloués en 1919).
 
 
L’auteur du monument aux morts de Trouhans, Ernest-Henri Dubois est né le 16 mars 1863 à Dieppe, mort le 30 décembre 1930 à Paris. A l'Ecole des Beaux-Arts de Paris il a été l’élève de Alexandre Falguière et Henri Chapu. Il est aussi l'élève de Jules Chaplain (1839-1909) et d'Antonin Mercié.

Il a exposé régulièrement au Salon de Paris à partir de 1892 et a obtenu de nombreuses distinctions.

Ernest-Henri Dubois a réalisé les monuments aux morts de Dieppe (Saint Maritime, 1925) et Valognes (Manche, 1927). Il est aussi l’auteur des bustes de Sophie et Henri Grangier (Vougeot, Dijon)


 

 
 
 

On peut s’étonner de trouver dans ce village qui comptait 625 habitants en 1921 une œuvre de ce prix et de cette qualité. Le propriétaire du château de Trouhans, Ernest de Vesvrotte, dont le frère, le lieutenant Just de Vesvrotte a été tué le 9 juin 1918, et Alfred Marchal, le patron de la filature, qui employait la moitié de la population active du village ont certainement été les inspirateurs et les principaux financeurs de ce beau monument.


(Archives municipales (avec nos remerciements à Madame Gossens, maire de Trouhans) et ADCO IIO 645-9)
 
© Pierre Marie Guéritey, 2015.
 
 
 



dimanche 8 novembre 2015

Monuments aux Morts du Canton : Brazey-en-Plaine

Comme la plupart des communes, Brazey-en-Plaine a décidé d’honorer les morts de la grande guerre en érigeant un monument commémoratif. Le 23 mars 1919, la municipalité nomme un comité pour ce faire. La nouvelle municipalité issue des élections de décembre 1919 remanie ce comité, placé sous la présidence d’honneur de Maurice Magnin (fils de Joseph Magnin), et dirigé par le nouveau maire René Tissot.
Le Monument aux Morts de Brazey-en-Plaine
La réalisation du monument est confiée à l’Architecte Auguste Drouot (1881-1958), il est d’un dessin très semblable à celui que cet architecte a signé en à 1920 à Gevrey-Chambertin (1920).
Le monument aux Morts de Gevrey-Chambertin
Comme ce dernier, il est orné d’une mosaïque sur une des faces. A Gevrey, la mosaïque dont l’auteur est explicitement désigné sur le monument : “E. Bonnotte peintre”, représente une vendangeuse. A Brazey c’est une paysanne portant un panier de fleurs.

 

 
Gevrey-Chambertin                                     Brazey-en-Plaine
 
Ernest Lucien Bonnotte (1973-1954), est né à Dijon,
« Bonnotte est un Bourguignon lucide et caustique d’une belle vitalité. Après avoir reçu à Dijon l’enseignement de Dameron, il s’inscrit à Paris chez Bonnat et chez Glaize, expose au salon dès 1900, revient à Dijon. Il brosse des paysages aux petites touches denses, pures et curieusement contractées dans les notes graves, des portraits où s’affirme sa technique divisionniste et des esquisses légèrement estompées où s’affirme sa sensibilité aux effets variés de l’atmosphère. »
( Schurr, Gérald et Cabanne, Pierre, Dictionnaire des petits maîtres de la peinture 1820-1920, les éditions de l’amateur, 2008, p. 106-107.)
Le monument de Brazey est surmonté du coq gaulois, Drouot l’a sous-traité à un sculpteur que les documents ne nomment pas…
 
L’endroit où devait être érigé le monument a donné lieu à de nombreuses discussions avant le choix de sa place actuelle.
Un an après sa construction, le monument a été entouré par une grille, dont l’exécution a été aussi confiée à Auguste Drouot.
 
 
 A suivre : le monument aux morts de Trouhans.
 
© documents et texte P.M. Guéritey


 
 
 

lundi 20 juillet 2015

Monuments aux morts du canton : Saint-Jean-de-Losne


 
Alors que l'an dernier à pareille époque, on ne parlait que de la commémoration de la guerre de 14-18, il n'en est plus guère question aujourd'hui. Et pourtant, il y a 100 ans, la guerre continuait...
En août 1915, on accorde des permissions



Dès que cette guerre sera enfin terminée, on pensera à honorer la mémoire des morts.
Le 14 novembre 1918, le conseil municipal de Saint-Jean de-Losne décide de faire placer sous le proche de l’Hôtel de Ville une plaque de marbre avec les noms des morts pour la France.
Ce projet est resté sans suite, et le 24 mars 1919, le conseil crée une commission chargée de faire construire un monument aux morts, et d’ouvrir une souscription : la ville souscrit d’emblée pour un premier versement de 2000 F.
Le 18 mars 1921, le conseil décide d’acquérir la maison Saunier frappée d’alignement à l’angle du quai Lafayette et de la place de la marine. Cette maison sera démolie pour laisser la place au monument projeté.
La ville contracte un emprunt de 10000 F pour couvrir l’achat de la maison, la construction du monument et l’aménagement de la place, confiés à l’architecte Auguste Drouot de Dijon (1881-1958).
Une séance artistique est organisée au profit de la construction du monument, avec la participation de la cantatrice Marcelle Demougeot, de l'opéra,  originaire de Saint-Jean-de-Losne .
Depuis 1919, et jusqu’en 1921, les cérémonies commémoratives de l’armistice étaient organisées au cimetière, devant le monument aux morts de la guerre de 1870.

Le monument aux morts de la guerre de 1870 devant la chapelle du cimetière
Le dimanche 13 novembre 1921, l’ordre du cortège qui se rendait au cimetière était le suivant :
1-      Les mutilés
2-      Les enfants des écoles
3-      L’harmonie municipale
4-      Les volontaires de Belle-Défense
5-      Les vétérans
6-      Les chasseurs à pied
7-      Le souvenir Français
8-      Les jeunes de Belle-Défense
9-      La Société de secours mutuels
10-  Le conseil municipal
 
 _________________________


La nouvelle place s’appelle désormais place de Verdun, et l’inauguration du monument portant les noms des 57 soldats de Saint-Jean-de-Losne morts pour la France a lieu le dimanche 12 novembre 1922.
La place de Verdun aujourd'hui

Le monument aux morts en 1922

Le monument aux morts aujourd'hui
 Aucun document ne désigne le sculpteur, mais la statue est signée d’Eugène Piron
 

Eugène Piron né à Dijon le 30 avril 1875, élèves des Beaux-Arts de Dijon puis de Paris, grand prix de Rome en 1903 a réalisé le célèbre monument aux morts de Salon-de-Provence, où il s’est installé et où il est mort le 17 novembre 1928.
Il a collaboré avec les sculpteurs Paul Gasq (1860-1944), Henri Bouchard (1875-1960), et Jean Dampt (1854-1945) tous anciens élèves de l’école des Beaux-arts de Dijon, pour le monument aux morts de Dijon construit sous la direction d’Auguste Drouot, inauguré le 9 novembre 1925. (situé sur le rond-point Edmond Michelet à l’intersection du cours du parc de la Colombière et du cours général de Gaulle).
 
____________________
 
les plaques commémoratives des morts des trois communes constituant la paroisse: Saint-Jean-de-Losne, Echenon et Saint-Usage , sont placées en 1924, dans l'église paroissiale, avec l'autorisation des monuments historiques.
  
Pierre Marie Guéritey

à suivre : le monument aux morts de Brazey-en-Plaine