Saint-Jean-de-Losne, charmante cité bourguignonne située en bord de Saône, premier port fluvial de plaisance en eau intérieure, au passé glorieux, est aimée des peintres, des vacanciers, des touristes et des plaisanciers. Nous tenons à elle, et c'est pourquoi nous avons décidé de vous parler de son patrimoine, de son histoire, des activités culturelles, associatives et sportives qui s'y déroulent. Soyez nombreux à nous lire. Merci. Pierre Marie et Michelle Guéritey

dimanche 12 janvier 2014

Le mobilier de l’Eglise de Saint-Jean-de-Losne : les Stalles

Les stalles de l'église de Saint-Jean-de-Losne : un ensemble unique de menuiserie du xviiie s. qu’il est urgent de sauver. En entrant dans le chœur, derrière la grille en fer forgé (début xixe s.), on découvre les deux rangées de stalles en chêne. Installées en 1757-58, elles ont remplacé un ensemble de stalles gothiques datant de la construction même de l’église. Ces stalles étaient destinées aux prêtres familiers. Elles sont l’œuvre de deux menuisiers dijonnais : Jacques Surlut, qui en a donné le dessin et Antoine Charcot qui les a réalisées.

Les panneaux de chêne moulurés et sculptés de motifs religieux en bas-reliefs, jadis posés au-dessus des sièges et constituant les dosserets et parties hautes de ces stalles ont été déposés en 1886 et redistribués contre les murs de l’abside et des chapelles de Saint Joseph et de la Vierge où se trouvent aussi les jouées et une partie de la corniche.

Construction des stalles au XVIIIe siècle :
En 1754, la construction des nouvelles stalles est décidée par la fabrique. La confrérie de Saint Yves y contribue. L'exécution des stalles est confiée à Antoine Charcot, maître menuisier à Dijon, qui a construit la même année celles de la Chapelle aux Riches à Dijon. Les plans ont été dressés en 1756 par Jacques Surlut, lui aussi maître menuisier à Dijon.
Cet ensemble présentant dix stalles de chaque côté est achevé en 1757. Le peintre Jean Courand cadet, reçoit 126 livres le 25 novembre 1757 pour les vernir. Des panneaux de boiseries sont ajoutés par Charcot au-dessus de ces stalles et payés 200 livres le 11 juin 1758.

Mutilation des stalles en 1886 :
Malheureusement, cet ensemble est aujourd’hui dispersé. Dès 1853, et ensuite à chacune de ses visites pastorales Mgr. Rivet (archevêque de Dijon de 1838 à 1884) a demandé que les panneaux sculptés de la partie supérieure des stalles soient démontés, faisant remarquer que ces stalles « choquaient l’œil aussi bien que les convenances architecturales » ! C’est l’abbé Jules Thomas curé de Saint-Jean-de-Losne qui a fini par obtempérer, après la mort de Mgr Rivet, en 1886, à l’occasion des travaux exécutés dans l’église pour la célébration du 250ème anniversaire du siège de 1636.
Ces boiseries en chêne ont été conservées et se trouvent distribuées en désordre contre les murs de la chapelle de la Sainte Vierge, de Saint Joseph et autour du sanctuaire.

Programme décoratif des stalles (reconstitution) :
De chaque côté, on trouvait une jouée à chaque extrémité, ornée de motifs végétaux (fleurs, fruits), et trois panneaux plats au grand cadre ornés d’angelots, avec quatre panneaux sculptés intercalés.

Au total quatre jouées, six panneaux plats et huit panneaux sculptés. Ceux-ci présentent des compositions en bas-reliefs où on identifie sans peine des thèmes précis :
- l’ancien testament :
Mitre hébraïque, les tables de la loi (avec inscriptions hébraïques), les trompettes de Jéricho, le serpent d’airain enroulé sur le bâton d’Aaron, le tout sur un fond de pampres et de grappes de raisin, la harpe et la couronne de David. (actuellement dans la chapelle de la Ste Vierge).
- le nouveau testament :
Présente les insignes de la papauté : la tiare, la croix papale à trois traverses, l’étole, les tables de la loi (sans inscription), un chandelier et une aiguière. (actuellement dans la chapelle de saint-Joseph).
Autour du maître autel :
2 Panneaux : le pèlerinage et la Communion
- les instruments de la messe (1):
le calice, la patène, l’encensoir, l’étole, le livre, deux hautbois.
- Les insignes d’un archevêque :
La crosse, la mitre, pallium, croix à deux traverses, encensoir, seau avec goupillon et buis.
- Les attributs du martyre :
couronne de lauriers, croix, entrecroisée avec un lys surmontant une urne et une gloire Jéhovah, casque romain, arc, flèche, carquois et épée.
- la communion :
calice, la patène, épis de blé, livre, aiguière et bassin, chandelier entrecroisé avec un bâton de procession à lanterne et une croix à deux traverses, lampe.
- Le pèlerinage :
livre, vases, coquille, serpent (instrument de musique), entrecroisé avec des flambeaux, seau.
- Les instruments de la messe (2):
Livre, étole, canons de l’autel, deux chandeliers entrecroisés, une flûte ou chalumeau double.
Les deux panneaux présentant les instruments de la messe sont légèrement concaves et se trouvaient donc à l’entrée des stalles du côté de la nef. Il serait facile de remettre cet ensemble en ordre et à sa place et de retrouver ainsi le décor complet du chœur.

Un sauvetage urgent et nécessaire
Ces boiseries, d’une qualité exceptionnelle autant par leur programme décoratif que par le matériau et la finesse d’exécution de la menuiserie et de la sculpture ont échappé au vandalisme révolutionnaire. La quasi-totalité du meuble est conservée, mais ses éléments sont plaqués depuis plus de 100 ans contre des murs de briques humides, les panneaux sont déformés et les assemblages disjoints, le bois commence à pourrir à certains endroits.

Il est urgent de les enlever de leur situation actuelle pour les étudier, les traiter, les restaurer afin de pouvoir reconstituer l’ensemble, dans le cadre de la restauration complète de l’église, reconnue nécessaire depuis plusieurs années.
Ignorer cette priorité équivaut à décider à court terme la ruine de l’église et de son mobilier, classés monuments historiques, siège de la paroisse de Saint-Jean-de-Losne, et éléments essentiels du patrimoine de la ville.
Pierre Marie Guéritey, janvier 2014

© Texte et Photos Pierre Marie Guéritey

2 commentaires:

  1. On se demande bien ce qui choquait l'archevêque dans ces décors on ne peut plus religieux...

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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