Saint-Jean-de-Losne, charmante cité bourguignonne située en bord de Saône, premier port fluvial de plaisance en eau intérieure, au passé glorieux, est aimée des peintres, des vacanciers, des touristes et des plaisanciers. Nous tenons à elle, et c'est pourquoi nous avons décidé de vous parler de son patrimoine, de son histoire, des activités culturelles, associatives et sportives qui s'y déroulent. Soyez nombreux à nous lire. Merci. Pierre Marie et Michelle Guéritey

vendredi 16 novembre 2012

Pagny-la-Ville : l’église Saint Léger et l’orgue Rinkenbach (1858)

Comme tous les villages du bord de Saône, Pagny s'est construit en utilisant au mieux les parcelles hors d'atteinte des crues de la rivière. Ainsi, l'église et le cimetière qui l'entoure se trouvent sur une motte proche de l'eau, mais suffisamment élevée pour échapper à l'inondation. Saint Léger, évêque d'Autun de 662 à 673, martyrisé près d'Arras le 2 octobre 678 est le Patron de la Paroisse.
L'église, construite au XIIIe - XIVe siècle sur l'emplacement d'un édifice plus ancien, a été plusieurs fois remaniée. Elle est orientée sud-nord, et comporte trois nefs de cinq travées. Le sanctuaire, à deux travées, est fermé par un mur de chevet plat percé de trois fenêtres, qui témoigne de l'influence cistercienne, c'est la partie la plus ancienne de l'église ; il communique avec la nef par un arc brisé souligné au XIXe siècle par deux colonnes engagées en marbre rouge de Sampans surmontées de chapiteaux à crochets. La nef, primitivement couverte d'un plafond plat, a été voûtée au XVIIe siècle. Cette voûte en brique empiète par endroits sur les percements anciens des murs gouttereaux. Au dessus de la voûte, dans les combles, des fragments de fresques subsistent sur la partie supérieure du mur Est de la nef : dans des arcatures gothiques, on reconnaît plusieurs fragments de scènes de la vie campagnarde : battage du blé, chasse ... Ces fresques, avec d'autres maintenant disparues, dont on trouve encore quelques traces derrière l'orgue, constituaient le décor de la nef, avant la construction des voûtes.
Le clocher porche a été édifié à la même époque après l'écroulement du clocher ancien. On a voulu plus tard donner une certaine majesté à l'édifice en élargissant la base de ce clocher par les deux chapelles qui l'encadrent et forment avec lui une façade d'une certaine ampleur.
Devant celle-ci, la croix en pierre, érigée au XVe siècle s'élève sur un fût torse à une hauteur de 13 mètres. A la base de la croix, une Sainte Madeleine agenouillée sur une console regarde le Christ.

Dans l'église se trouvent plusieurs statues polychromes de diverses époques: une Sainte Barbe en pierre, du XVIe siècle, ainsi qu'un Saint Sébastien en bois, de la même époque, de l'école champenoise. Un Saint Jean Baptiste en bois, Une Vierge de Pitié en pierre, du XVIIe, ainsi qu'un Ecce Homo également en pierre polychrome, qui porte à la fois les stigmates de la passion. Plusieurs statues un peu plus récentes (XVIIIe) complètent cette riche statuaire ancienne : Saint Pierre, un évêque (Saint Léger?), et Saint Roch formant reliquaire.
Des fresques ont été découvertes par l'Abbé Rapp, curé de Pagny, dans les années 1930, sur la voûte du sanctuaire. Elles ont été classées monument historique en décembre 1941. On distingue, au dessus de l'autel, le Christ en gloire, à droite, la Vierge, et de chaque côté des anges, ailes déployées, dont un ange musicien jouant du cornet.
 Au siècle dernier, Pagny-la-Ville, malgré un incendie qui détruisit 38 maisons et 8 granges en 1848 est un centre rural actif, avec ses deux foires annuelles (le 15 mai et le samedi suivant le 2 octobre), son marché le jeudi. L'installation d'une féculerie au bord de la Saône complète l'économie du village.
En 1866, un vol est commis dans l'église, et on estime à plus de 1500 Francs la valeur des objets du culte qui ont été dérobés. En 1897, il y avait 660 habitants ; le curé, aidé d'un vicaire desservait La Bruyère, le Châtelet et Pagny-le-Château. En plus des écoles publiques, il y avait une école de filles tenue par des religieuses.

A cette époque, des aménagements sont réalisés à l'intérieur de l'église : le maître autel (maintenant démantelé), et les autels latéraux ont été reconstruits avec des retables ornés de plusieurs statues ; dans la nef, de nombreuses statues de plâtre témoignent de la piété des paroissiens. Il ne faut donc pas s'étonner de trouver dans cette église, au lieu de l'harmonium habituel des églises de villages, une tribune au dessus de la porte d'entrée, avec un orgue d'une certaine importance dont l’acquisition a été décidée par le conseil de fabrique le 4 octobre 1857 :
"Le conseil, considérant qu'un orgue ne pouvait que contribuer à la majesté du Culte, attirer une plus nombreuse assistance aux officies divins et soulager les chantres qui sont vieux, arrête à l'unanimité que la Fabrique fera l'acquisition qui lui est proposée".
C'est un "facteur du Haut-Rhin" qui propose d'installer d'ici mars 1858 un orgue dans l'église pour la somme de 3.550 Francs.
Les comptes de la fabrique font encore mention d'une réparation à l'orgue en 1881.
A l'époque où Joseph Dietsch écrivait son ouvrage sur les orgues de Dijon, l'origine de l'orgue de Pagny était déjà presque oubliée, puisqu'il note : « .. Il est en place depuis environ vingt cinq ans. Son constructeur était un alsacien nommé Richenbach (sic) : c'est tout ce qu'on sait de l'orgue à Pagny où l'on ignore même le lieu de résidence de ce facteur. On ne l'accusera pas de faire trop de réclame. »
Faute de documents complémentaires, les caractéristiques techniques de cet orgue permettent de confirmer les dires de Joseph Dietsch, et l'attribution à Valentin Rinkenbach, facteur d'orgues à Ammerschwihr (Haut-Rhin), en 1858.
 En 1936, l'instrument, devenu inutilisable est réparé par Marc Georgel, frère du facteur d'orgues Georgel, établi à Eurville (Haute-Marne), qui effectuait son service militaire à la base aérienne de Longvic. Pour 5. 000 F., Georgel nettoie l'instrument répare la mécanique et les tuyaux, remplace le clavier et fournit un ventilateur électrique. Le 6 septembre 1936, M. René Geiger, organiste de Saint-Michel de Dijon donne un concert d'inauguration.
Au début des années 60, P.M Guéritey a découvert dans les combles de l'église, et mis en lieu sûr, diverses pièces abandonnées par Georgel : tuyaux de bois du Basson, clavier ancien plaqué d'ébène. Celles-ci, ont donné des indications pour la restauration actuelle. Quelques travaux effectués vers 1970 par Philippe Hartmann et un traitement des bois ont permis de sauvegarder cet instrument jusqu'à la restauration (1996-1998) , confiée à Jean Deloye facteur d'orgues à Audelange (39).
La tradition orale faisait état d'un relevage par Jacquot en 1941. Sa signature a été retrouvée par Jean Deloye sur un morceau de peau collé dans le sommier ("Haut les cœurs, vive le France, Th Jacquot août 1941"). La mécanique suspendue est reconstituée à partir de l'ancien clavier restitué en copie, le rang de tierce du cornet a été refait, la transmission de la première octave du Bourdon 16 de Pédale au manuel, due à Georgel ou à Jacquot, supprimée. Les tuyaux de bois trop vermoulus ont été faits en copie, et le réservoir à plis parallèles a été restauré.
L’instrument à un clavier est contenu dans un buffet plat à trois tourelles, caractéristique de Rinkenbach, verni en faux bois façon chêne clair, avec la console en fenêtre et les jeux de pédale derrière le buffet.

Composition:
Manuel
(54 notes C-f''')
Pédale
(18 notes C-f) *

Bourdon 16 (c-f''')
Montre 8
Bourdon 8
Salicional 8
Viola 4
Flûte 4
Nasard 2 2/3
Doublette 2
Basson-Hautbois 8
Cornet V (c'-f''')

Bourdon 16
Flûte 8
Flûte 4
Basson 8


Tremblant
* portée à C-c’ par tirasse.

- Archives départementales de la côte d'Or série II0 , série V, Bulletins paroissiaux
- Noël, Pierre, Le canton de Seurre, géographie, description, statistique : histoire spéciale de chaque commune / d'après des renseignements mis en ordre par P. Noel,.Impr. de Darantière (Dijon)-1888 1 vol. (131 p.) : carte ; in-8
- Guéritey, Pierre Marie, Pagny-la-Ville, L'orgue Valentin Rinckenbach de l'église Saint-Léger, Pagny-la-Ville 2000.

© Texte et photo Pierre Marie Guéritey


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