Saint-Jean-de-Losne, charmante cité bourguignonne située en bord de Saône, premier port fluvial en eau intérieure, au passé glorieux, est aimée des peintres, des vacanciers, des touristes et des plaisanciers. Nous tenons à elle, et c'est pourquoi nous avons décidé de vous parler de son patrimoine, de son histoire, des activités culturelles, associatives et sportives qui s'y déroulent. Soyez nombreux à nous lire. Merci. Pierre Marie et Michelle Guéritey

samedi 26 mars 2011

Petites histoires de l’ancien temps : l’horloge communale et la méridienne : une querelle de clocher au XIXe siècle.

Chacun porte au poignet une montre et a en plus, dans sa poche, un téléphone portable qui donne l’heure et bien d’autres choses encore… mais il y a moins d’un siècle, la référence de l’heure était l’horloge communale installée au sommet du clocher, sur laquelle chacun réglait sa montre ou son horloge.
L’horloge communale
Les documents relatifs à la construction de l’église paroissiale au 16e siècle indiquent clairement qu’une des fonctions principales du clocher est de «recevoir l’horloge de la ville». Il suffit de regarder comment il est fait pour s’en rendre compte : la plus grosse des deux tourelles qui flanquent le clocher porte l’horloge dans sa partie supérieure avec le cadran placé pour être visible de toute la rue de la Liberté. Elle contient l’escalier qui mène à l’horloge. Mais à un certain niveau, cette tourelle était occupée par les poids qui devaient descendre d’une hauteur suffisante pour assurer le fonctionnement pendant une semaine (comme les horloges comtoises…). L’escalier passe donc à l’extérieur dans la petite tourelle qui, coiffée d’ardoises comme sa voisine, donne au clocher sa silhouette si caractéristique ; tout en haut se trouvent deux petites cloches très anciennes commandées jadis par l’horloge pour tinter les quarts d’heure. L’accès oblige à passer par l’église, et une fois par semaine, c’est le chemin qu’empruntait le «conducteur» de l’horloge, employé municipal chargé de remonter l’horloge et d’effectuer l’entretien courant. Aujourd’hui, l’horloge est électronique et il n’y a plus besoin de la remonter, mais pendant plusieurs siècles il a fallu ainsi chaque semaine lui redonner de l’énergie pour huit jours.
L’horloge, en fer forgé, date de l’époque de la construction de l’église et peut-être est-elle même plus ancienne car il existait des horloges bien avant le seizième siècle. Indispensable à la vie de la cité elle a été souvent réparée par des horlogers venant en général de Dijon pour la remettre en fonctionnement ou effectuer des réglages délicats quand elle était vraiment en panne.
Ceci arrivait souvent car le mécanisme, très ancien et exposé aux variations de température était très souvent détraqué, le mauvais fonctionnement de l’horloge provoquait les plaintes des habitants et c’était un poste important des dépenses municipales.
La méridienne
Contrairement à ce qu’on peut penser, le « cadran solaire » qui se trouve sur le mur du pignon sud de l’église (place de la Délibération)est beaucoup plus récent : c’est une méridienne installée en 1851 et dont l’histoire mérite d’être contée.Au milieu du XIXe siècle, il y avait à Saint-Jean-de-Losne deux horlogers concurrents : Guilleminot et Petitjean (Emile). Ce dernier avait un grand magasin rue de la Liberté en face du clocher (devenu « Galeries Modernes », aujourd'hui disparu) et il était chargé de l’entretien de l’horloge. Guilleminot ne cessait – évidemment !- de déposer des plaintes devant le conseil municipal au sujet du mauvais fonctionnement de l’horloge. C’est à la suite de ces plaintes que la construction d’une « méridienne » a été décidée en mai 1850. Ce « cadran solaire » calculé et réalisé pour indiquer précisément l’heure de midi au soleil permet de disposer d’une référence absolue. Evidemment dès sa mise en place en 1851, Guilleminot, qui pouvait ainsi se référer à cette indication n’a pas manqué de redoubler de critiques envers Petitjean. Celui-ci ayant été élu au conseil municipal en 1852, Guilleminot demande et obtient qu’il renonce à l’entretien de l’horloge qui faisait de lui un employé municipal. Petitjean sera à nouveau chargé de l’entretien de l’horloge en 1871 et, encore élu conseiller municipal en 1875, il doit à nouveau abandonner sa charge…
Aujourd’hui, la méridienne indique toujours midi au soleil, l’horloge électronique du clocher est à l’heure, les horlogers n’ont plus de prétexte pour se quereller, d’ailleurs il n’y a plus d’horloger…
Pierre Marie Guéritey

Clichés église et méridienne, Michelle Guéritey ©

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